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Articles de concourstijomauvois

  • Gaston Albert BEVILLE alias Paul NIGER

    Thomas Gaston Albert BEVILLE alias Paul NIGER (21 Décembre 1915 - 22 juin 1962)

    Nous vous proposons, dans le recueil ci-dessous, une série de textes qui permettent de découvrir ou redécouvrir Albert BEVILLE alias Paul NIGER. 

    A travers ce mini-recueil, outre Albert BEVILLE, c'est toute l'actualité d'une période de sa vie (de l'après guerre à 1962) que nous vous proposons.

    - les différentes étapes d'un itinéraire riche et varié, d'Albert BEVILLE à Paul NIGER... les années au lycée Carnot

    - la guerre 1939-1945

    - Albert BEVILLE à la découverte de l'Afrique, terre de ses Ancêtres, sa rencontre avec le fleuve Niger

    - Amitié ou relation d'Albert BEVILLE, alias Paul NIGER, avec diverses personnalités de la Renaissance culturelle et politique du monde noir

    - Les Antilles des années 50-60

    - Les émeutes de décembre 1959

    Thomas gaston albert beville alias paul niger la cartastrophe du 22 juin 1962thomas-gaston-albert-beville-alias-paul-niger-la-cartastrophe-du-22-juin-1962-.pdf (2.98 Mo)

  • La Guadeloupe Antan Sorin

    Nous vous proposons, ci-dessous, un article de l'historien guadeloupéen Léon Rameau Danquin "La Guadeloupe soumise à la dictature". La lecture de cet article est l'occasion de faire le parallèle entre la situation en Martinique à la même époque (Antan Wobè) et celle de la Guadeloupe administrée par le Gouverneur Sorin (Antan Sorin).

    Amiral Robert et Gouverneur Sorin : deux hommes politiques vecteurs d'un même pouvoir autoritaire, celui de Vichy

    1 la guadeloupe soumise a la dictature guadloup an tan sorin1.-la-guadeloupe-soumise-a-la-dictature-guadloup-an-tan-sorin.pdf (1.58 Mo)

    Le second extrait ci-dessous montre en quoi le pouvoir arbitraire du gouverneur Constant Sorin a occasionné des oppositions et des drames multiples.

    2 la guadeloupe comment la resistance s organisa pour lutter contre le gouverneur constant sorin2.-la-guadeloupe-comment-la-resistance-s-organisa-pour-lutter-contre-le-gouverneur-constant-sorin.pdf (1.69 Mo)

    Un texte, de sources diverses, qui relate le départ forcé de Constant Sorin, représentant la France de Vichy en Guadeloupe et qui retrace toutes les missions aux Antilles accomplies par le contre-tropilleur Le Terrible.

    3 le depart de constant sorin3.-le-depart-de-constant-sorin.pdf (2.19 Mo)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Le mouvement de Dissidence à la Martinique (1939-1943)

    Nous vous proposons, dans l'article ci-joint, un retour sur la conférence du Comité Ti-Jo Mauvois présentée par Emile Eadie en juin 2020.

    Article de Mike Irasque pour l'hebdomadaire Antilla - 1er Juillet 2020

    Conference dissidence eeconference-dissidence-ee.pdf (2.16 Mo)

  • De la libération à la départementalisation

    DE LA LIBERATION A LA DEPARTEMENTALISATION

    Les travaux menés par le Comité Ti-Jo Mauvois dans le cadre du jeu-concours d'histoire ont permis de s'intéresser au Code Noir, aux Révoltes des esclaves, aux Habitations et cette année à la seconde guerre mondiale Antan Wobè : un cheminement de 1848 jusqu'à la fin de 2ème guerre mondiale. Un siècle au cours duquel les anciennes colonies ont désiré un nouveau statut vis-à-vis de la puissance coloniale : l'assimilation.

    Nous vous proposons ci-dessous un choix de textes mettant en évidence ce long cheminement et faisant écho aux nombreux débats qui ont émaillé la vie politique jusqu'au projet de départementalisation.

    De la liberation a la departementalisationde-la-liberation-a-la-departementalisation.pdf (2.79 Mo)

     

  • Marius MOUTET (1876-1968)

    MARIUS MOUTET (19 avril 1876 - 29 octobre 1968)

    Député (1914-1928 ; 1929-1940 ; 1945-1968) - Sénateur (1947-1968) - Ministre des Colonies (936-1938) - Ministre de la France d'Outre-Mer (1946-1947)

    Figure emblématique de la SFIO, Marius Moutet aura connu trois républiques. Quand il naît sous la IIIème république, à Nîmes, ses choix politiques sont déjà fixés.

    "Dans la petite ville où nous habitions, ma famille, comme toutes les autres familles, se divisait très simplement entre les "blancs" et les "rouges". Mes parents faisaient partie des rouges et j'étais très fier qu'ils aient été partisans de la fondation de la république".

    Pour mieux connaître cet homme politique, nous vous invitons à lire la brochure ci-dessous, réalisée le Comité Ti-Jo Mauvois :

    Le parcours de marius moutet1 19 avril 1876 29 octobre 1968le-parcours-de-marius-moutet1-19-avril-1876-29-octobre-1968.pdf (2.42 Mo)

     

     

  • Gaston MONNERVILLE : le connaissons-nous vraiment ?

    CHARLES, FRANCOIS, GASTON MONNERVILLE (1897-1991)

    Gaston Monnerville : brillant orateur, excellent avocat, homme politique ainimé de solides convictions en faveur de l'humain et, enfin, résistant luttant pour la défense universelle des valeurs qui construisent la dignité de l'individu, en dépit de sa couleur de peau, de ses croyances, de ses origines. Un humaniste en somme...

    Une occasion de mieux le connaître grâce à la brochure réalisé par le Comité Ti-Jo Mauvois) que nous vous proposons ci-dessous :

    Gaston monnerville 1897 1991gaston-monnerville-1897-1991.pdf (2.79 Mo)

     

  • 22 Mai 1848 - 22 Mai 2020

    22 mè – Nonn pete chin-n

    Voici donc la vérité : nos ancêtres se sont libérés eux-mêmes. Sé pa piès schoelchè ki libéré neg. Lè décré schoelchè-à-rivé, nou té za gain libèté assi lanm coutla !

    22 mai : Matnik doubout !

    Pendant ce temps, l’insurrection s’étend à toute l’île. Dès la matinée du 22 mai, le travail a cessé sur les habitations du sud. Les esclaves du Robert et du François se concentrent au Vert-Pré en vue de marcher sur la plaine du Lamentin. A la Grand’ Anse (Lorrain), à Trinité, les esclaves des ateliers et du bourg se soulèvent. Au Lamentin, à Sainte-Marie, au Marin, à Rivière-Pilote, au Gros-Morne, le mouvement s’amplifie. A Fort-de-France, les événements se précipitent : à l’annonce de l’arrestation de Jean Bouliki, le peuple se masse près de la prison pour réclamer sa libération : « Si zot pa ladjé-y, zot ké oué ! Nou ké fé tout neg bitasion dessan ! »

    Au Lamentin, les ateliers se préparent déjà à marcher sur Fort-de-France

    23 mai : la victoire

    Le soir du 22 mai, venant de Fort-de-France, le gouverneur Rostoland débarque à Saint-Pierre au milieu d’une foule immense armée de coutelas et de piques de bambou. Une foule qui manifeste son impatience et sa détermination. Le lendemain, à Saint-Pierre, pour éviter une déroute totale, le gouverneur cède : il signe à 3 heures de l’après-midi le décret qui abolit l’esclavage à la Martinique.

    Gouadeloup

    Dans le même temps, les choses se précipitaient à la Guadeloupe. Les esclaves prenaient eux aussi leur sort en main. Aussi, à l’annonce des événements de la Martinique, le gouverneur de la Guadeloupe comprend immédiatement qu’il lui faut céder. Il décrète lui aussi l’abolition le 27 mai 1848.

    Extrait de Chimin libèté, Histoire des Antilles, Supplément au journal Jingha,

    Imprimerie Les imprimeurs libres, Paris, 1976

    NDLR (23 mai, la victoire) - "... Le gouverneur arrive à 8 heures du soir, il signe l'arrêté d'abolition dans la nuit lors de la réunion du Conseil Privé. Le décret est affiché le lendemain, 23 mai à 6 heures du matin".

    Dans toute l’île la révolte

    La Martinique tout entière était debout. (…) Au Lamentin, les ateliers se préparaient à épauler les manifestants de Fort-de-France. C’est alors que de Saint-Pierre arrive un émissaire du gouverneur annonçant l’abolition de l’esclavage. Partout la grande nouvelle provoqua une immense explosion de joie. Les maisons se pavoisèrent aux trois couleurs. D’énormes cortèges parcouraient les rues en criant « Vive la liberté ». La lutte des esclaves martiniquais avait mis fin à deux siècles de fouet, de larmes et de sang.

    Une Révolution, acte de naissance du peuple martiniquais

    L’insurrection de mai est à tous points de vue une Révolution martiniquaise. Elle n’a pas été une révolte spontanée, anarchique, imprévue. Elle est l’aboutissement d’un processus révolutionnaire : le point culminant des luttes de classes qui se sont développées dans la première moitié du XIXème siècle.

    Révolution consciente, organisée.

    La volonté nettement exprimée d’aller jusqu’au bout dans une épreuve décisive, pour imposer la liberté, la coordination et le caractère discipliné des actions le prouvent. (…).

    Une véritable Révolution qui marque la fin d’une période historique, la fin d’un système économique et social ; Révolution parce qu’elle a concerné l’ensemble des classes de la société martiniquaise et provoqué des changements fondamentaux.

    A la société esclavagiste, fondée sur la propriété de l’homme par l’homme, sur la domination économique et le pouvoir politique exclusif des maîtres d’esclaves blancs, va se substituer une société nouvelle de type capitaliste. (…)

    Le 22 mai 1848 est l’évènement le plus important de l’histoire de la Martinique, car il marque l’acte de naissance du peuple martiniquais.

    Armand NICOLAS, Histoire de la Martinique, des Arawals à 1848, Tome 1,

    Editions l’Harmattan, 1997

    Après l’esclavage, la blessure

    Trois siècles de déshumanisation sauvage, de turpitudes racistes, entérinées par l’Eglise, instrumentalisés pour ce qui est de la France autour d’un « Code Noir » destiné à diminuer la cruauté des châtiments, et qui lui-même codifie l’horreur.

    Pour l’Eglise, ils n’avaient pas d’âme ! Cette souffrance terrestre, le sacrifice ultime, étant le prix de la Rédemption.

    Pour les grandes familles négrières de Bordeaux, Nantes ou La Rochelle, ils étaient des bêtes de somme, corvéables à merci, pire, des meubles que l’on pouvait vendre à l’encan, des choses que l’on pouvait facilement imaginer perdre ou gagner, vendre ou acheter et qui s’appréciaient en terme de capital, sans souci pour la puanteur des fonds de cales.

    Pour le planteur des colonies, ils étaient une marchandise spéculative, que l’on devait rendre la plus rentable possible, même si pour cela il fallait éloigner le frère de la sœur, le fils de la mère ! et châtier durement ces Congos, Mandingues, bossales…

    Pour les puissances esclavagistes, France, Espagne, Portugal, Angleterre, Pays-Bas, Danemark, Suède… c’était, face au lucratif comme du café, du sucre, des épices, outre la possibilité d’enrichissement, la domination et le partage d’une Amérique qui avait vu l’anéantissement de quelques millions d’Indiens.

    Pour l’Afrique, où l’esclavage captif existait chez certaines tribus de la côte (l’esclave s’intégrait dans la famille ou le corps social au bout d’une ou deux générations), ce fut l’arrachement, la déchirure, une plaie béante, une fuite de ses entrailles vers un inconnu insoupçonné. L’Afrique n’a jamais pu prendre l’ampleur du désastre de l’autre bord. Jamais elle n’a pris conscience de la dimension économique d’une traite qui après une ponction de plus de trente millions d’hommes et de femmes l’a laissée, exsangue, meurtrie, divisée, prête à subir le joug de la colonisation.

    Serge CHALONS, De l’esclavage aux réparations, Comité Devoir de Mémoire – Martinique, Editions Karthala, Nouvelle édition de 2017

     

     

     

    « Aucun faste commémoratif ne pourra remplacer la transmission rigoureuse des repères historiques aux nouvelles générations antillaises et guyanaises. Où sont nos manuels d’histoire ? De quels outils disposent nos éducateurs ? Quelles institutions encouragent les réels efforts consentis par nombre de nos enseignants confrontés encore aujourd’hui à « l’abîme d’ignorance ». Le problème est éducatif avant d’être commémoratif. Telle nous semble être la question que pose aujourd’hui toute démarche sincère de remémoration ».

    Georges Bernard MAUVOIS, Un complot d’esclaves, Martinique, 1831,

    Editions Les pluriels de Psyché, 1998

     

     

  • Découvrons ou redécouvrons Félix EBOUE

    CES DERNIERS JOURS DE MAI, DECOUVRONS OU REDECOUVRONS FELIX EBOUE

    Le mois de Mai est le mois du souvenir et de diverses commémorations : Félix Eboué est mort le 17 mai 1944 et a été panthéonisé le 20 mai 1949.

    Une occasion  de mieux le connaître grâce à la brochure que nous vous proposons ci-dessous 

    Felix eboue un gouverneur guyanais aux antillesfelix-eboue-un-gouverneur-guyanais-aux-antilles.pdf (2.46 Mo)

     

     

  • 8 mai 1945 - 8 mai 2020

    8 mai 1945 - 8 mai 2020 - 75ème anniversaire de la fin de la 2ème guerre mondiale

    Nous vous proposons ici deux textes relatifs aux évènements du 8 mai 1945 :

    - en France, la capitulation et la reddition sans conditions de l'armée allemande nazie avec un texte d'Armand Nicolas "Les combattants de la liberté"

    - en Algérie, notamment à Sétif, ou, ce même 8 mai 1945, des dizaines de milliers de manifestants étaient massacrés pour avoir cru en la reconnaissance de cette France qu'ils ont contribué à libérer et pour avoir organisé des manifestations pacifiques en brandissant le drapeau du Parti du peuple algérien. 

    8 mai 1945 combattants de la liberte8-mai-1945-combattants-de-la-liberte.pdf (212.33 Ko)

    Les deux rives du 8 mai 1945les-deux-rives-du-8-mai-1945.pdf (200.59 Ko)

     

  • L'église catholique : le ralliement au régime de Vichy et le soutien à ses représentants locaux

    Le régime de Vichy fut représenté aux Antilles françaises par un haut-commissaire, l'amiral Robert basé en Martinique et les gouverneurs Sorin en Guadeloupe, Nicol en Martinique. Les églises locales ont considéré le Maréchal Pétain comme celui qui devait permettre à la France de renouer avec ses valeurs chrétiennes.

    Ci-dessous : un extrait de l'ouvrage d'Emmanuel Jos "L'eglise catholique aux Antilles françaises, de Christophe Colomb à nos jours - De la catholicisation à l'évangélisation" paru aux Editions l'Harmattan

    L eglise catholique le ralliement au regime de vichy et le soutien a ses representants locaux emmanuel josl-eglise-catholique-le-ralliement-au-regime-de-vichy-et-le-soutien-a-ses-representants-locaux-emmanuel-jos.pdf (1.49 Mo)

     

     

  • 8 mai 1920 - Naissance du journal Justice

    8 mai 1920 la creation du journal justice8-mai-1920-la-creation-du-journal-justice.pdf (1.33 Mo)

    Le journal « Justice » et l’Antan Wobè

    Quand le Parti Communiste a été interdit peu avant et pendant la guerre, les journaux communistes, dont Justice, ont été interdits. Il est avéré que René Ménil, avec - parfois Georges Gratiant - ont publié Justice clandestinement. Le journal de 1939 à 1943 (Application du gouvernement de Vichy par le Haut commissaire aux Antilles : l’amiral Robert de 1940 à 1943) prenait la forme d’une page dactylographiée par Anaïs, la sœur de René Ménil qui était une communiste acharnée (cela se faisait et se vendait dans la petite boutique au 33 de la rue Schœlcher à Fort-de-France tenue par les deux sœurs Ménil (Anaïs et Charlotte). 

     

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  • Procès de l'Amiral Robert : Aimé Césaire témoin à charge

    LES TEMOINS AU PROCES DE L'AMIRAL ROBERT DEVANT LA HAUTE COUR DE JUSTICE

    A 17h30, commence le défilé des témoins. Un amiral actuellement en Indochine est excusé, puis vient un Martiniquais, M. Aimé Césaire qui représente Robert comme un dictateur, adversaire de la République. "Le régime de l'amiral Robert, conclut-il, présente un bilan désastreux sur le plan moral, politique et économique".

    Devant la haute cour de justice proces de l amiral robertdevant-la-haute-cour-de-justice-proces-de-l-amiral-robert.pdf (1.56 Mo)

  • Une traversée littéraire, humaine, historique de l'atlantique nord durant l'antan Wobè

    Monsieur Philippe Charvein, professeur de français, nous propose (dans le ficher PDF ci-dessous, un compte-rendu et une analyse de sa lecture du roman d'Adrien Bosc intitulé "Capitaine". 

    Capitaine adrien bosc regard de philippe charveincapitaine-adrien-bosc-regard-de-philippe-charvein.pdf (577.2 Ko)

     

  • Le cargo Capitaine Paul Lemerle

    Capitaine PAUL-LEMERLE « Pôvre merle »

    La traversée des bannis, « un départ de forçats »

    (Marseille 24 mars 1941- Martinique 20 avril 1941)

    « Il en était des bateaux comme des hommes, certains, pourtant brillants, se traînent une vie sans histoires, d’autres, d’apparence plus modestes, sont promis à un fabuleux destin. Il en est ainsi du cargo Capitaine PAUL-LEMERLE qui eut le douteux privilège d’accueillir à son bord quelques belles figures de l’intelligentsia européenne* » (*Daniel HILLION, longtemps journaliste à Ouest-France et au magazine le Marin, auteur de « Le Belem, cent ans d’aventure (1996) » est depuis très longtemps un spécialiste de l’histoire des paquebots.)

    Nous sommes alors le 24 mars 1941, le navire le Capitaine Paul-Lemerle abandonne le port de Marseille. A son bord, l’image de ce que PETAIN abhorre : des immigrés de l’Est, des républicains espagnols en exil, beaucoup de juifs, quelques apatrides, des artistes décadents, des savants et des familles bourgeoises, une joyeuse troupe cosmopolite et des hommes d’affaires. A bord, plus de deux cents réfugiés (plus de trois cents selon certaines sources)

    Quelques personnages embarqués, sur le cargo Paul LEMERLE, hauts en couleurs semblables à des figures de proue. Autant de trajectoires mythiques se rejoignant « l’instant d’un péril » Adrien BOSC. (Capitaine ; édition Stock)

    Malgré ces conditions de vie difficiles, les intellectuels se retrouvent sur le pont pour des conversations, notamment politiques, et même, à l’initiative de BRETON, pour des jeux surréalistes. C’est à bord que BRETON et SERGE font la connaissance de LEVI-STAUSS.

    André BRETON, qui réside à Marseille, est un « anarchiste dangereux » du moins est-ce sous cette qualification qu’il a été brièvement incarcéré en décembre 1940. Il est temps de quitter la France. Il embarque avec sa femme et sa fille Aube sur le Capitaine Paul-LEMERLE à destination de la Martinique.

    Claude LEVI-STRAUSS n’est ni anarchiste, ni dangereux ; il est juif. Après avoir assuré la rentrée scolaire de 1940 au lycée de Montpellier, les lois raciales entraînent sa révocation. Il est invité à enseigner à New York, il faut encore parvenir à traverser l’Atlantique. « Pour ne pas se sentir déjà gibier de camp de concentration » (Tristes tropiques), LEVI STRAUSS embarque.

    Victor SERGE de son vrai nom Viktor LVOVITCH KIBALTCHITCH, anarchiste belge, ayant adhéré au parti communiste russe en 1919, Victor SERGE fut constamment inquiété, persécuté, contraint de fuir la police stalinienne et le fanatisme nazi. En mars 1941, il embarque sur le Capitaine Paul LEMERLE, laissant la France pour son dernier exil : le Mexique, seul pays acceptant de l’accueillir. Victor SERGE, qui est aussi un écrivain libertaire, parlait de ce bateau comme d’un « camp de concentration flottant ».

    Wifredo LAM, peintre, quitte l’Espagne en mai 1938 pour Paris où il s’installe en juin 1940. Ce séjour est d’une importance capitale. Il est accueilli par PICASSO qui sera pour lui un « incitateur à la liberté ». Après la défaite de la France en juin 1940, il quitte Paris et rejoint Marseille où sont réfugiés des intellectuels et des artistes hostiles au nazisme dont quelques surréalistes regroupés autour de BRETON « J’ai eu des contacts très profonds avec les surréalistes […] un grand combat pour la création … » Avec une première escale à la Martinique (avril-mai 1941) à Fort-de-France, grâce à BRETON, il découvre la revue « Tropiques » et rencontre ses fondateurs Suzanne CESAIRE et Aimé CESAIRE. Entre le peintre cubain et le jeune poète martiniquais, c’est le début d’une grande amitié. Wifredo LAM se sent proche du combat mené contre l’injustice et le despotisme colonial par Aimé CESAIRE, Léopold SEDAR SENGHOR et Léon-Gontran DAMAS.

    Germaine KRULL, photographe allemande, relate la traversée et le séjour dans l’ancienne léproserie du Lazaret aux Trois-Ilets dans son autobiographie, publiée à la faveur d’une rétrospective de son travail au musée du Jeu de paume en 2015 (La vie mène la danse). Le livre n’est pas illustré, mais ses photographies sont conservées au musée Folkwang d’Essen.

    Jacques REMY de son vrai nom Raymond ASSAYAS, de confession juive, jeune cinéaste, futur scénariste et dialoguiste du cinéma français. Il se réfugie sur le Paul LEMERLE et, après une escale au Lazaret à la Martinique, regagne l’Amérique du sud.

    Anna SEGHERS, Après la prise de pouvoir par les nazis, Anna SEGHERS est arrêtée par la Gestapo puis relâchée, ses livres sont interdits en Allemagne puis brûlés. Peu après, elle fuit en Suisse et de là, rejoint Paris. Anna SEGHERS réussit à fuir avec ses deux enfants du Paris occupé vers la zone sud. A Marseille, elle se préoccupe de la libération de son mari et des possibilités de fuir à l’étranger. En mars 1941, Anna SEGHERS et sa famille réussissent à s’embarquer sur le Paul LEMERLE et à rallier Mexico via la Martinique.

    Le voyage et l’escale forcée en Martinique : l’échec du dépaysement. La Martinique, antan Wobè, c’est Vichy et un camp d’internement : le Lazaret, pour ces fuyards.

    C’est un « départ de forçats » sous l’œil de gardes mobiles armés et casqués. Le navire est surchargé – « Une boite de sardines sur laquelle on aurait collé un mégot », dira Victor SERGE, qui est à bord. La plupart des passagers sont entassés dans les cales. Un mois de voyage, donc, dans des conditions de vie désastreuses, notamment en ce qui concerne le couchage, l’hygiène et la nourriture. LEVI-STRAUSS repère BRETON, qu’il n’a jamais rencontré ; « fort mal à l’aise sur cette galère, il déambulait de long en large sur les rares espaces vides du pont ; vêtu de peluche, il ressemblait à un ours bleu. »

    La vision du paysage martiniquais constitue pour les passagers un espoir de dépaysement, ils sont vite déçus : à leur arrivée, c’est à nouveau l’enfermement et la police de Vichy qui les attendent. « Une soldatesque en proie à une forme collective de dérèglement cérébral ». (Tristes Tropiques) Claude LEVI-STRAUSS. Ils sont presque tous internés au camp Lazaret, sur une presqu’île isolée de la ville. Victor SERGE, dans ses « Mémoires » commente : « Et nous trouvons là un camp de concentration de plus… » Seules trois personnes y échappent, dont LEVI-STRAUSS, qui parvient à sauver sa malle remplie de documents d’expédition et embarque, quelque temps plus tard, pour Porto-Rico sur un bananier suédois. Les conditions de vie au camp ne sont pas meilleures que sur le bateau. André BRETON dans son ouvrage (Martinique charmeuse de serpents) qui « Tien[t] pour insensé de s[e] voir prisonnier en terre française », écrit ainsi : « l’installation que nous trouvons pour dormir est à faire regretter celle du bateau ». L’autorité militaire délivre à certains des « permissions » pour se rendre en ville pour démarches, sous étroite surveillance. Au bout de cinq jours, Breton en obtient une de quelques heures. Mais son contact avec les autorités policières ne fait que le renvoyer en France qu’il cherche à quitter « Etrange police en vérité, encore française, à en croire son uniforme, mais si imparfaitement telle qu’on se figure en général la police allemande. Cette carrure, cette démarche, ce verbe cassant, ces sous-entendus commentés d’un rire jaune […] Le dépaysement échoue : le voyage ne fait que reproduire les structures oppressives auxquelles les voyageurs tentent d’échapper.

    Conclusion : petite histoire, mais qui débouche sur la grande se colore d’elle et parfois l’éclaire d’une lumière cruelle* (*Daniel BENEDICTE. La filière marseillaise, Des itinéraires tortueux)

    Sources :

    André BRETON, Martinique, charmeuse de serpents Paris, J.-J. Pauvert 1972

    Claude LEVI-STAUSS, Tristes Tropiques [1955], Paris, Plon, 1993

    Victor SERGE, Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, 1908-1947, Paris, Robert Laffont, 2001

    Daniel BENEDICTE, LA FILIERE MARSEILLAISE. Un chemin vers la liberté sous l’occupation ClancierGuenaud 1988

    Adrien BOSC, Capitaine, Paris, Stock, 2018

    Adrien BOSC, Olivier ASSAYAS, Un voyage Marseille-Rio 1941 Textes et Photographies de Germaine KRULL et Jacques REMY, Paris, Stock, 2019

    Florence COLOMBANI, Que faisait au printemps 1941, la photographe Germaine KRULL à bord du bateau avec Claude LEVI-STRAUSS, André BRETON et Jacques REMY ? RENCONTRES DE LA PHOTOGRAPHIE D’ARLES – LA TRAVERSEE FANTASTIQUE. Le Point Culture 2019